Du hockey – Quand le sport devient un jeu dangereux

Les fréquants incidents violents qui se produisent sur la glace font du hockey un jeu dangereux. Des épisodes horribles – comme le récent coup de coude de Patrice Cormier au visage de Mikaël Tam lors d’un match de la Ligue junior majeure du Québec – nous rappellent tout ce qui ne va pas dans le hockey au pays : leadership défaillant, attitude élitiste et restrictive, attentes élevées et irréalistes, zèle excessif des entraîneurs et des parents, et absence d’occasions de s’amuser et de se divertir pour les joueurs.

Comme l’ont révélé des chercheurs de l’Université de Boston, l’encépathologie traumatique chronique qu’a développée Reggie Fleming à la suite des blessures répétées au cerveau subies durant sa carrière professionnelle doit servir d’avertissement aux Canadiens inquiets pour la santé et la sécurité de tous les joueurs, en particulier les joueurs des ligues mineures, et pour l’avenir de ce sport tel que nous le connaissons.

La diffusion de ces conclusions a coïncidé avec les déclarations d’un neurochirurgien torontois, Charles Tator, lors du récent séminaire de Hockey Canada sur les commotions. Selon le docteur Tator, qui prône depuis longtemps la recherche de meilleures solutions pour rendre le hockey plus sécuritaire, on a mis trop d’emphase sur le jeu « agressif et irrespectueux » au hockey mineur.

Les conséquences des coups portés à la tête causant des traumatismes se passent de commentaires. Selon les recherches, les traumatismes crâniens liés au hockey, résultats de coups à la tête ou du choc des collisions contre la bande ou d’autres joueurs, peuvent causer des symptômes post-commotion cérébrale, des déficiences cognitives, de la dépression, des changements de personnalité et mener à des abus d’alcool ou d’autres drogues.

En tant que parents, mon épouse et moi étions toujours inquiets pour notre fils Chris, qui a subi de nombreuses blessures au cours de sa carrière de hockeyeur qui a culminé dans la LNH. Les blessures au visage, aux yeux et à la tête étaient ce qui nous inquiétait le plus. Chris a effectivement subi une commotion vers la fin de sa carrière, ce qui a été un facteur déterminant dans sa décision d’abandonner le hockey, après 12 ans dans la LNH. Nous l’avons totalement appuyé dans cette décision de quitter un sport que lui et nous aimions tant.

À cause de la pratique du hockey, Chris a également souffert d’une blessure chronique à l’épaule, pour laquelle il a dû subir une intervention chirurgicale. On considère en général que les blessures font partie intégrante d’un sport aussi brutal. C’est un fait que les joueurs acceptent. Mais personne ne devrait avoir à supporter des blessures causées par la violence sur la glace, comme les bagarres et les coups vicieux à la tête.

Depuis des années, notre sport national fait l’objet d’un débat émotif. Les mises en échec doivent-elles être permises au hockey mineur? Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, 8000 personnes ont été traitées pour des blessures liées au hockey dans les salles d’urgence des hôpitaux ontariens au cours de la saison 2002-2003. De ces personnes, 93 ont été hospitalisées, dont 15 directement à l’unité des soins intensifs.

Chez les jeunes hockeyeurs (de 18 ans et moins), les mises en échec avaient causé 62 pour cent des blessures. Et c’est dans le groupe des 14 à 16 ans, groupe où les joueurs sont exposés aux mises en échec depuis plusieurs années, que ces blessures étaient les plus fréquentes.

Au Québec, la mise en échec n’est pas permise avant la catégorie bantam (13 et 14 ans) et même alors, seulement au niveau élite. En Alberta, elle est permise à partir de la catégorie pee wee (11 et 12 ans). Selon une étude canadienne, les joueurs de niveau pee wee en Alberta sont 2,5 fois plus susceptibles d’être blessés et 3,5 fois plus susceptibles de subir une commotion que les joueurs pee wee du Québec. L’étude menée conjointement par l’Université de Calgary, l’Université McGill et l’Université Laval a suivi 2200 joueurs pee wee des deux provinces pendant toute la saison 2007-2008 afin de mesurer la fréquence des blessures.

La décision d’autoriser les mises en échec au hockey mineur, à des joueurs aussi jeunes que 11 ans, met indiscutablement en péril une activité qui est à la fois un sport merveilleux et un passe-temps très apprécié. On peut facilement arguer que cette pratique frôle la violence faite aux enfants. Ce qui est certain, c’est qu’elle ne tient aucunement compte de la santé publique, de la sécurité et de la prévention des blessures; elle prend le pas sur la science médicale, le bon sens et le civisme.

Les coups incitent de nombreux jeunes joueurs à délaisser le hockey. C’est surtout pour se distraire et s’amuser que les enfants pratiquent un sport. Devant les risques de blessures graves, dont les commotions, leur motivation faiblit. L’adhésion à des équipes approuvées par Hockey Canada a connu une baisse spectaculaire ces dernières années.

La violence avilit ce sport qui, de tous les sports, est le plus rapide et le plus exigeant au plan physique et celui qui exige le plus d’adresse. Le hockey ne fait pas – n’a jamais – fait fi de la loi. Et contrairement à ce que prétendent ceux qui sont en faveur de la violence, incluant les bagarres, celle-ci n’a jamais fait partie intégrante du jeu.

Les bagarres sont interdites au hockey mineur au Canada, au hockey collégial canadien et américain, dans les ligues européennes, aux Olympiques et dans les compétitions internationales. En éliminant les joueurs marginaux au profit de joueurs vraiment talentueux, interdire les bagarres dans toutes les ligues rehausserait considérablement le niveau du jeu.

La dure et triste réalité est que la violence au hockey prend de l’ampleur depuis que Hockey Canada et l’organisation précédente, l’Association canadienne de hockey amateur, existent. On peut facilement arguer que Hockey Canada, par ses relations avec la LNH, encourage et soutient sciemment la violence dans ce sport depuis des années.

Un bon exemple : Patrice Cormier aurait dû, selon les règlements de la Fédération internationale de hockey sur glace, être exclu du récent championnat mondial junior pour le coup violent qu’il a asséné à un joueur suédois lors d’un match préparatoire. Malheureusement, ce règlement n’était pas en vigueur.

Hockey Canada, veut organiser un sommet sur la sécurité dans le hockey. Avec un peu de chance, il n’est pas trop tard pour sauver le hockey au Canada, un sport profondément ancré dans l’histoire de ce pays. Une refonte complète est nécessaire et ce, bientôt. Qui se porte volontaire pour relever le défi?

Par Émile Therien, président sortant du Conseil canadien de la sécurité et père de l’ancien défenseur de la LNH, Chris Therien.