Ne restez pas plantés là. Faites quelque chose !

Une communauté où les gens interviennent pour le bien des autres est une communauté plus sécuritaire.

« L'effet du témoin »

Il y a plus de quarante ans de cela, Kitty Genovese fut agressée et assassinée à l'extérieur de son immeuble à New York. Sur les tente-huit voisins qui entendirent ses nombreux appels au secours et ses cris de douleur depuis la fenêtre de leur logement, aucun ne vint à son secours. Kitty fut agressée pendant plus d'une demi-heure. Une fois le crime commis, quelqu'un appela la police. Les policiers ne mirent que ces deux garçons deux minutes pour se rendre sur les lieux.

Cet incident, survenu en 1964, est devenu un exemple classique. Pourquoi tant de témoins ne lui ont-ils pas porté secours ? Si un témoin avait appelé la police, il n'aurait couru aucun risque, et aurait probablement pu sauver la vie de Mme Genovese. Selon les psychologues sociaux Latané et Darley1, l'inaction des témoins serait attribuable à la diffusion de la responsabilité ou au fait de ne pas reconnaître la gravité de l'incident. Ils conclurent que plus il y a de témoins, moins ils auront tendance à intervenir. C'est qu'on appelle l'effet du témoin.

Lors d'un incident violent ou d'une urgence, l'effet du témoin n'est pas qu'un simple concept académique.

Dans un  incident non divulgué qui est survenu en 2003, sept jeunes ont volé quelque chose au neveu d’un employé du Conseil canadien de la sécurité, pour ensuite le poignarder. Le neveu avait 16 ans et se promenait dans un parc situé au coeur d'une importante ville canadienne. Personne n’a porté secours à la victime. Personne n'a appelé la police. Si on avait mis la main au collet de ces agresseurs, on aurait pu porter des accusations au criminel contre eux et mettre fin à leurs agressions. Quelqu'un dans la foule avait sans doute en sa possession un téléphone cellulaire. Comment se fait-il que personne n'ait alerté la
police ?

Les incidents comme ceux-ci sont nombreux à survenir dans les communautés au Canada. La police estime que seulement une attaque en bande à main armée sur dix est signalée. Les victimes, souvent des adolescents, restent marquées et traumatisées à vie. Ces attaques amènent plusieurs Canadiens à croire que leurs communautés sont dangereuses. Cette peur ne fait qu'empirer les choses, car elle a pour effet de rendre nos rues désertes et dangereuses.

Ce n'est pas que les Canadiens ne font rien lors d'une urgence. Au contraire ! Il existe une foule d'exemples d'interventions remarquables, dans lesquelles des gens ont risqué leur vie pour sauver un étranger. Qu'à cela ne tienne, les corps policiers et les chefs de file de la sécurité dans les communautés aimeraient que les témoins s'impliquent davantage. En prenant la peine de signaler une urgence, un témoin pourrait empêcher qu'une situation tourne au tragique.

Chacun peut faire sa part

Comment peut-on tirer profit des témoins pour améliorer la sécurité publique ? Plusieurs facteurs peuvent inciter les personnes à venir en aide aux étrangers en détresse.

Lorsqu'une victime affirme très clairement qu'elle a besoin d'aide, les gens sont plus portés à intervenir. Ne vous attendez pas à ce que les témoins devinent que vous avez des problèmes. Assurez-vous qu'ils sont au courant. À titre d'exemple, regardez quelqu'un dans les yeux et demandez-lui de l'aide.

La capacité perçue de porter secours et le risque perçu permettent également de déterminer si un témoin peut venir en aide ou non. Par exemple, le téléphone cellulaire permet aux usagers d'appeler depuis pratiquement n'importe quel endroit pour demander de l'aide, et ce, sur-le-champ et avec un minimum de risque ou sans risque. Près de six millions d'appels faits chaque année à un service d'urgence le sont à partir d'un téléphone cellulaire - soit environ la moitié des appels d'urgence. Chaque jour, des milliers de Canadiens utilisent le téléphone cellulaire pour demander de l'aide sur les lieux d'un accident ou d'un crime en cours, ou lors d'une urgence médicale où mettant en danger la vie de la victime.

Les corps policiers exhortent les témoins d'un crime à être attentifs et à composer sans tarder le 9-1-1. Dressez le signalement des auteurs, notez d'où ils venaient et où ils sont allés après l'incident.

En 1993, James Bulger, un garçonnet de deux ans, fut assassiné au R.-U. par deux garçons plus vieux. Ironiquement, 38 témoins avaient vu ces deux garçons emmener le tout-petit de force. Des chercheurs britanniques ont étudiés le rôle des témoins dans cette tragédie. Le Dr Mark Levine2 découvrit que les témoins n'ont pas intervenu, parce qu'ils croyaient que les trois garçons étaient des frères. Ils ne voulaient pas s'ingérer dans les affaires d'une famille. Suite à un examen d'autres exemples d'intervention et de non-intervention de témoins, le Dr Levine a conclu que les membres d'un groupe verront à la sécurité des autres s'ils se connaissent, et que ce sentiment d'appartenance peut être élargi.

Tous les Canadiens doivent faire leur part pour s'assurer que nous continuons à vivre dans des communautés sûres et civilisées. Lorsque vous voyez quelqu'un en difficulté, réfléchissez - si vous étiez à la place de cette personne, qu'est-ce que vous aimeriez que les passants fassent ?

Quelques conseils relatifs au 9-1-1 à l'intention des usagers du téléphone cellulaire

  • Les appels faits au 9-1-1 sont gratuits.
  • N'utilisez pas la fonction de composition abrégée pour le 9-1-1.
  • Composez seulement le 9-1-1 lorsque la sécurité d'une personne ou d'une propriété est en danger (p. ex. un incendie, un crime en cours ou une urgence médicale).Donnez votre numéro de cellulaire au complet, y compris l'indicatif régional, à la téléphoniste, pour qu'elle puisse vous rappeler.
  • Donnez le plus de précisions possible sur l'endroit où vous vous trouvez ou l'endroit où il y une situation d'urgence.
  • Précisez la nature de l'urgence.
  • Ne raccrochez que le lorsque la téléphoniste aura terminé. Après avoir raccroché, laissez votre téléphone allumé, au cas où la téléphoniste devrait vous rappeler.

1. Latane, Bibb & Darley, John M. (1968). Group inhibition of bystander intervention in emergencies. Journal of Personality and Social Psychology, 10(3), 215-221.

2. Levine, Mark (2002). Walk On By? Relational Justice Bulletin (Issue 16, Nov 2002)

Prévention au Canada (janvier 2004)