Les excès de vitesse font grimper le nombre de décès sur les routes

Cet article provient de l’archive de janvier 2004. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date.

On sait tous que les excès de vitesse augmentent la probabilité et la gravité des accidents de la route. Plus un véhicule roule vite, moins le conducteur dispose de temps pour réagir à une situation dangereuse. Un véhicule roulant à tombeau ouvert a par ailleurs besoin d'une plus grande distance d'arrêt, met plus de temps à s'immobiliser et est plus difficile à maîtriser. Les excès de vitesse sont en cause dans 30 pour cent des accidents mortels et dans 12 pour cent de tous les accidents.

Lorsque le cap des 100 km/h est dépassé, le taux de décès chez les passagers augmente de façon exponentielle. À titre d'exemple, les risques de perdre la vie sont quatre fois plus élevés dans un véhicule filant à 120 km/h que dans un véhicule filant à 100 km/h. Les chances de survie sont minimales dans un accident survenant à une vitesse de près de 200 km/h.

La vitesse d'impact est d'une grande importance pour les piétons, parce qu'ils sont les usagers de la route les plus vulnérables. Selon un rapport rendu public en 1995 par le European Transport Safety Council, seulement cinq pour cent des piétons avaient perdu la vie après avoir été happés par un véhicule roulant à une vitesse de 32 km/h. Ce pourcentage passe à 85 chez les piétons heurtés par un véhicule roulant à une vitesse de 64 km/h.

La vitesse tue

Au Canada, les limites de vitesse sur les grandes routes font sans cesse l'objet de débats. Si les défenseurs de limites plus élevées regardaient ce qui se passe chez nos voisins du Sud, ils comprendraient vite que l'augmentation des limites de vitesse est une mauvaise idée.

Une récente étude s'est penchée sur l'incidence des vitesses plus élevées sur les routes rurales reliant les états américains après l'abrogation, en novembre 1995, de la limite de vitesse nationale. Les chercheurs ont découvert que les états ayant fait passer la limite de vitesse à 75 mi/h (120 km/h) avaient connu une hausse alarmante de 38 pour cent du nombre de décès par million de milles parcourus, comparativement au nombre de décès enregistrés dans les états qui n'avaient pas modifié leur limite de vitesse. Les états qui avaient fait passer leur limite de vitesse à 70 mi/h (112 km/h) avaient affiché une hausse de 35 pour cent du nombre de décès.

Depuis 1987, la US Insurance Institute for Highway Safety enregistre la vitesse des véhicules empruntant les routes rurales et urbaines qui relient les états. Selon les données préliminaires pour 2003, il s'agirait des vitesses les plus élevées jamais enregistrées. En Californie, par exemple, la limite de vitesse est de 70 mi/h. Par contre, la vitesse moyenne se situe à 74 mi/h. Plus de deux tiers (69 pour cent) des conducteurs roulent à une vitesse supérieure à 70 mi/h, et 19 pour cent roulent à une vitesse supérieure à 80 mi/h.

Plus les limites de vitesse augmentent aux États-Unis, plus le bilan de décès sur les routes s'alourdit. Le Conseil canadien de la sécurité remet donc sérieusement en question toute juridiction au pays qui songe à emboîter le pas aux États-Unis.

La vitesse mousse les ventes

La haute performance est le mantra des constructeurs de véhicules automobiles d'aujourd'hui. Entre 1980 et 2000, la puissance massique moyenne, l'une des principales unités de mesure de la performance, a progressé de plus de 50 pour cent. Dans l'année modèle 2000, six pour cent des véhicules étaient dotés d'un moteur turbo, soit le pourcentage le plus élevé jamais enregistré.

On retrouve beaucoup d'annonces télévisées montrant des véhicules filant à toute allure et faisant des embardées sur des chaussées miraculeusement désertes, pourchassant ou étant pourchassés, et faisant des cascades téméraires. Ces annonces semblent plus ou moins avoir oublié une chose importante, à savoir les avis de non-responsabilité habituels qui avertissaient autrefois les clients imprudents de faire montre de prudence au volant ou de respecter les limites de vitesse.

Ces publicités liée au comportement social, qui encouragent de façon subliminale les conducteurs à enfreindre la loi en faisant de la vitesse et en conduisant dangereusement, ont une profonde incidence sur la société. Depuis quelques années, les courses dans les rues sont devenues de petits jeux mortels dans certaines villes canadiennes. Mais les jeunes mordus de la vitesse ne sont qu'un aspect d'un problème beaucoup plus gros. Les excès de vitesse sont par exemple devenus largement acceptés par les conducteurs canadiens. 'Tout le monde le fait' est la principale raison pour laquelle les gens ne respectent les limites de vitesse.

Les pubs qui valorisent les excès de vitesse amènent les conducteurs à adopter des attitudes et comportements inacceptables. Ces pubs enfreignent aussi le Code canadien des normes de publicité, qui stipulent que les publicités annonces ne doivent pas « présenter de situations de nature à encourager des pratiques ou des gestes imprudents ou dangereux ». Pour formuler une plainte officielle, prière de communiquer avec les Normes canadiennes de la publicité (www.adstandards.com) et d'acheminer une copie de votre plainte au Conseil canadien de la sécurité.

Une mise en application s'impose

Il existe une méthode efficace pour s'attaquer aux adeptes de la vitesse : faire respecter la limite de vitesse. Si les conducteurs savent qu'ils seront pris en flagrant délit et pénalisés, ils mettront la pédale douce. Rien ne peut remplacer une forte présence de la police dans les secteurs à problème. Un policier ne peut pas être partout à la fois. Pour des raisons de sécurité manifestes, la police hésite à pourchasser les conducteurs faisant de la vitesse sur les routes achalandées.

Le radar photo est une solution à ce problème. Il s'agit d'appareils-photo qui identifient les véhicules qui ne respectent pas la limite de vitesse. Si les propriétaires de ces véhicules se vont imposer des amendes salées, ils ne perdent pas de points d'inaptitude.

Il est ressorti d'un sondage commandé par le Conseil canadien de la sécurité en août dernier que les deux tiers des 2 000 répondants étaient en faveur du radar photo sur les autoroutes. Lorsqu'on avait demandé aux répondants s'il devait y avoir des panneaux d'avertissement signalant l'éventuelle présence de ces dispositifs, 68 pour cent ont répondu par oui.

Un panneau d'avertissement standard annonçant la présence de radar photo devrait être installé le long des routes où il pourrait y avoir des appareils-photo. Lorsque les férus de la vitesse savent qu'ils risquent de se faire prendre, plusieurs décideront de mettre la pédale douce. Ces panneaux sont essentiels, parce qu'ils ne visent pas à appréhender les conducteurs qui enfreignent la loi, mais plutôt à les empêcher de commettre une infraction.

Préoccupé par l'incidence des pubs télévisées incitant les automobilistes à adopter un style de conduite dangereux, Stewart Moore commença, en 1990, à envoyé des lettres aux constructeurs de véhicules automobiles, aux gouvernements, aux services de police, et au Conseil canadien de la sécurité. Suite à son décès en 1997, sa femme mit sur pied la Fondation Stewart Moore pour la sécurité routière dans les publicités liées au comportement social, dont la gestion est assurée par le Conseil canadien de la sécurité.

Prévention au Canada (janvier 2004)

Mise à jour (2006)
Une étude réalisée par l’Université de Toronto a examiné la fréquence et les types de conduite dangereuse présentés dans les annonces télévisées sur les automobiles, ainsi que la promotion de la sécurité et les dénis de responsabilité. Les auteurs de l’étude ont constaté que sur un nombre total de 250 annonces publicitaires, ils s’entendaient unanimement quant à la présence d’une scène de conduite dangereuse dans 63 annonces (25 %). La conduite agressive représentait 85 % de ces scènes, dont 56 % comportaient des excès de vitesse; ces deux facteurs sont souvent à l’origine de collisions. Seulement 30 annonces (12 %) faisaient la promotion de la sécurité. Les chercheurs ont exprimé leurs préoccupations à l’effet que la façon dont la conduite est présentée dans les annonces risque d’influencer le comportement des consommateurs au volant.
PC Shin et al. Unsafe driving in North American automobile commercials. Journal of Public Health 2005; 27(4): 318-25.