Le jeu la fatigue et la somnolence au volant

Cet article provient de l’archive d’octobre 2006. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date.

La fatigue et la conduite automobile ne font pas bon ménage. Des études ont démontré que le manque de sommeil a le même effet que l’alcool sur la capacité de conduire, ce qui entraîne des collisions, des blessures et des décès.

Bien que quiconque puisse être victime de fatigue au volant, certains courent de plus grands risques que d’autres. Statistiquement parlant, ce sont les jeunes, les travailleurs de soir ou de nuit et les chauffeurs du secteur commercial qui sont les plus touchés. La conduite de nuit accroît le risque de somnolence; le nombre de collisions augmente d’ailleurs aux petites heures de la nuit, à cause du ralentissement des fonctions dû au rythme nycthéméral. Toute personne qui manque de sommeil, que ce soit de façon chronique ou ponctuelle, court un risque accru de s’assoupir au volant. La fatigue et l’alcool forment une combinaison encore plus meurtrière, l’effet d’un seul verre sur l’organisme étant alors équivalent à celui de plusieurs.

Il existe un groupe particulièrement à risque qu’on identifie rarement, soit celui des personnes ayant un problème de jeu. En Amérique du Nord, les casinos sont généralement ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et les joueurs s’y rendent parfois depuis très loin en voiture. Les gens ayant un problème de jeu peuvent y passer de longues heures. Lorsqu’ils remontent dans leur voiture, ils sont frustrés, épuisés et déprimés. Avec un peu de chance, ils réussiront à dormir pendant quelques heures avant de se rendre au travail, dans l’unique but de gagner un peu d’argent pour retourner au casino le soir suivant avec l’espoir de récupérer ce qu’ils y ont perdu.

Ceux qui travaillent avec des personnes souffrant d’un problème de jeu entendent souvent parler de collisions et d’accidents évités de justesse. Incidemment, les membres des patrouilles routières disent noter un plus grand nombre de collisions automobiles à proximité des casinos.

Cela dit, les cas de somnolence au volant ne sont pas vraiment rares dans le grand public. En 2002, par exemple, le sondage Sleep in America (« le sommeil aux États-
Unis »), effectué par la National Sleep Foundation, a révélé que plus de la moitié des répondants avaient conduit leur voiture au moins une fois dans un état de somnolence au cours de l’année précédente. Selon une étude de 2003 sur les habitudes de conduite des canadiens commandée par TheSteelAlliance et le Conseil canadien de la sécurité, ce serait également le cas de 43 % des conducteurs ca nadiens. Les données concernant le nombre de collisions et de gens qui s’endorment au volant sont tout aussi alarmantes.

Les résultats d’une étude menée auprès de 66 clients du Service du jeu problématique du Centre de toxicomanie et de santé mentale sont encore pires.

Source : 1. Sondage : Canadian Driving Survey 2003, Conseil canadien de la sécurité et TheSteelAlliance. 2. Sondage : Sleep in America 2002, National Sleep Foundation.  
3. Nina Littman-Sharp, Centre de toxicomanie et de santé mentale

Selon cette étude, les joueurs à problèmesressentent de la somnolence au volant et s’y endorment beaucoup plus souvent que les autres; par ailleurs, l’incidence des collisions les impliquant était dix fois plus élevée que ce que révélait le sondage mené auprès du grand public états-unien. Un tiers des joueurs à problèmes dépassaient environ une fois par semaine leur heure de coucher habituelle pour continuer à jouer, un autre tiers, plusieurs fois par semaine, et 44 % d’entre eux avouaient rester debout toute la nuit, passant parfois jusqu’à 40 heures sans dormir. Les joueurs à problèmesqui sont aussi des buveurs excessifs étaient ceux qui avaient tendance à rester éveillés le plus longtemps.

Non seulement ces gens courent-ils un risque en rentrant à la maison après avoir joué, mais ils tentent le sort chaque fois qu’ils prennent le volant. En effet, ces joueurs perdent en moyenne une heure de sommeil par jour à cause de leur habitude, accumulant donc rapidement un « déficit de sommeil » considérable.

La moitié des clients du Centre ont admis être frustrés, déprimés, colériques et fatigués lorsqu’ils rentrent chez eux, ce qui permet d’établir un lien évident avec la rage au volant. Certains de ces joueurs étaient conscients de l’incidence de la fatigue et de leurs émotions sur leur façon de conduire. Malheureusement, 42 % des personnes ayant participé à l’étude ne connaissaient pas les risques associés à la somnolence au volant.  

Nina Littman-Sharp, Centre de toxicomanie et de santé mentale