Faut-il réglementer l'usage du téléphone cellulaire?

Cet article provient de l’archive de juillet 2001. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date.

Le téléphone cellulaire est omniprésent. C'est un outil de travail indispensable dans le monde des affaires. Papa et maman l'utilisent pour rester en contact avec leurs enfants. On l'utilise même dans les endroits publics et au volant.

Les cellulaires ont par contre deux inconvénients : leurs sonneries sont aigues et leurs conversations sont horripilantes. De plus, les automobilistes qui portent plus attention à leur cellulaire qu'à la circulation posent un danger pour les autres usagers de la route. Une question se pose: devrions-nous nous doter de règlements pour protéger la population contre ces dangers ?

Le téléphone cellulaire, cause-t-il des accidents de la route ?

Les automobilistes utilisant un téléphone cellulaire se faisant de plus en plus nombreux, on compte de plus en plus d'accidents mettant en cause un automobiliste en tort qui parlait sur son cellulaire. Et ils l'utilisent beaucoup.

Suite aux préoccupations voulant que les téléphones cellulaires causent des accidents, le mouvement vers l'interdiction ou la réglementation de l'utilisation du téléphone cellulaire au volant s'amplifie. Les personnes en faveur de ces mesures citent en exemple un article paru en 1997 dans le New England Journal of Medicine dans lequel on ne soutient pas que ces dispositifs sont à l'origine d'accidents. De plus, l'article présentait plusieurs lacunes. Par exemple :

  • Le groupe témoin était petit et biaisé : 699 conducteurs à Toronto - tous avaient un téléphone mobile et tous avaient été impliqués dans une collision. En revanche, l'étude que mena l'Université de Montréal fut réalisée à partir d'un échantillon au hasard de 36 000 automobilistes.
  • Les données datent de 1994 et 1995. Depuis cette période, le nombre de téléphones cellulaires n'a fait que monter en flèche. À preuve, le nombre d'abonnés au sans-fil au Canada a quintuplé, passant de 1,8 million d'usagers à la fin de 1994 à 9 millions en mars 2001, tandis que le nombre de titulaires d'un permis de conduire a augmenté de 10 pour cent et le nombre de véhicules de seulement trois pour cent.
  • Le modèle d'étude présentait des défauts. Il s'inspirait d'un modèle qui associait une période d'exercices vigoureux à un risque accru de crise cardiaque chez les personnes d'un certain âge. On ne peut comparer l'usage intermittent d'un dispositif aux fonctions d'un organe vital.
  • Certaines hypothèses étaient fausses. À titre d'exemple, on affirmait dans l'étude qu'on pouvait s'attendre à ce que les jeunes professionnels des villes affichent un très faible taux d'accidents de la route et qu'ils soient prudents. C'est tout le contraire qui se passe. Les jeunes conducteurs sont impliqués dans un plus grand nombre de collisions et ont plus tendance à prendre des risques.

N'oubliez jamais que lorsqu'un automobiliste parle au cellulaire et qu'il brûle un feu rouge ou un arrêt, c'est lui qui est en tort, pas le cellulaire.

Mise en application des lois en vigueur

On dispose déjà de lois sur la conduite imprudente en vertu desquelles on peut poursuivre un automobiliste pour qui la conduite n'est pas la priorité numéro un lorsqu'il parle au cellulaire.

Les automobilistes feraient sûrement fi d'une interdiction des téléphones mobiles. Une telle réglementation pourrait même avoir pour effet d'annuler les avantages, au plan de la sécurité, d'avoir un téléphone cellulaire dans son auto. Par exemple, lorsqu'on est pris dans la circulation, un simple coup de téléphone au bureau ou à la maison pour annoncer qu'on sera en retard peut réduire le stress et l'agressivité au volant. Plus de six millions d'appels 911 sont effectués chaque année depuis un téléphone mobile pour signaler des urgences et situations dangereuses. En fait, plusieurs personnes ont un téléphone cellulaire dans leur auto pour fins de sécurité.

Le Conseil canadien de la sécurité estime qu'il faut mieux sensibiliser et renseigner la population et appliquer strictement les lois en vigueur. Vous trouverez une foule de conseils sur l'usage sécuritaire du cellulaire au site Web du CCS, ainsi que dans ses cours de conduite préventive.

Source de distraction et l'affectation multiple

Les automobilistes qui n'utilisent pas leur téléphone cellulaire à bon escient posent un sérieux danger sur nos routes. Il s'agit de distractions au volant qui peuvent être dangereuses.

Une étude rendue publique en mai 2001 par l'American Automobile Association indique que les conducteurs distraits sont à l'origine d'environ neuf pour cent des collisions graves. De ce nombre, 1,5 pour cent utilisaient leur cellulaire ou composaient un numéro au moment de la collision. À titre comparatif, 11,4 pour cent syntonisait la radio, le lecteur de cassettes ou le lecteur de disques compacts, et près de 30 pour cent se faisaient distraire par une personne, un objet ou un événement à l'extérieur du véhicule.

Notre société tolère l'affectation multiple au volant. On n'a qu'à penser à la majorité des véhicules qui sont dotés de porte-gobelet, ainsi que d'une radio et d'une chaîne stéréo complexes. S'ajoutent à cela les restaurants avec service au volant qui encouragent les automobilistes à s'empiffrer au volant. Les automobiles sont donc devenus un endroit où les automobilistes mangent, disciplinent leurs enfants, parlent au cellulaire, se rasent ou se maquillent. Selon une récente étude commandée par The Steel Alliance et le Conseil canadien de la sécurité, pas moins de 75 pour cent des personnes interrogées ont avoué effectuer des tâches personnelles ou travailler au volant.

L'étiquette au cellulaire

Tous s'entendent pour dire que les téléphones cellulaires peuvent être agaçants. Voilà la raison pour laquelle Industrie Canada vient d'annoncer qu'il songera à légaliser le bloqueur d'ondes. Il s'agit d'un dispositif qui permet de stopper tout signal cellulaire dans un rayon donné, en empêchant les téléphones cellulaires de communiquer avec les tours de transmission.

Il est actuellement interdit de gêner ou de bloquer la communication radio. On peut toutefois utiliser un bloqueur d'ondes seulement lorsqu'une situation pose un danger pour la sécurité publique, et encore là il faut obtenir une autorisation spéciale : par exemple, lorsque des terroristes veulent faire détoner des explosifs à l'aide d'un téléphone mobile.

Il est ressorti d'une enquête que près de 70 pour cent des personnes interrogées étaient en faveur de l'utilisation de bloqueurs d'ondes dans les églises, bibliothèques et salles de cinéma. Pratiquement le même pourcentage des répondants s'opposent à l'utilisation de ces dispositifs dans les centres commerciaux, boîtes de nuit et restaurants.

Lorsqu'on utilise son cellulaire avec discrétion dans un centre commercial ou une boîte de nuit bruyante, on ne dérange personne. Par contre, les personnes dans une église, bibliothèque ou salle de cinéma s'attendent à ce qu'on respecte le silence. Les téléphones qui sonnent et les conversations inutiles vont à l'encontre des règles de l'étiquette.

Les salles de cinéma ont plus ou moins réglé ce problème en diffusant des annonces qui demandent aux cinéphiles d'éteindre leur téléphone cellulaire. Certains restaurants ont installé des panneaux qui recommandent aux clients d'éteindre leur cellulaire. Un panneau standard demandant aux clients d'éteindre leur téléphone mobile serait tout indiqué. Par contre, c'est ne pas le téléphone cellulaire qui est impoli...

À part le fait que les bloqueurs d'ondes risquent de bloquer les appels d'urgence, la légalisation de ces dispositifs en accroîtra la disponibilité. Il est peu probable que la majorité des églises, bibliothèques et salles de cinéma se procurent cette technologie, tandis que les centres commerciaux et les boîtes de nuit n'en verront pas l'utilité. Alors, où utiliserait-on les bloqueurs d'ondes ? Les criminels coupent parfois la ligne téléphonique d'une maison avant de commettre un crime. Va-t-on faire appel à un bloqueur d'ondes pour prêter assistance aux criminels ?

Quoique tous acceptent que certaines technologies soient utilisées à des fins de sécurité et militaires, dans le cas des bloqueurs d'ondes, le bien général serait mieux servi si on optait pour le statu quo.

Janvier 2006