La marche avec facultés affaiblies

08 Avril 2011

« Ne conduisez pas en état d’ébriété » : voilà un message que vous entendez constamment. Mais entendez-vous parfois : « Ne marchez pas en état d’ébriété »?

On nous a répété encore et encore qu’au lieu de prendre le volant, il faut trouver un autre moyen de transport pour rentrer à la maison après avoir (agréablement) pris quelques consommations, et que la marche est l’un des moyens qui s’offrent à nous. C’est pourquoi ce conseil peut sembler ridicule, mais les statistiques disent le contraire.

En 2008, près de 40 pour cent des piétons tués sur les routes du Canada étaient en état d’ébriété, les deux tiers d’entre eux présentant un taux d’alcoolémie supérieur au double de la limite permise. En fait, de tous les piétons mortellement blessés qui avaient consommé de l’alcool, moins de un sur cinq avait un taux d’alcoolémie égal ou inférieur à la limite légale de 80 mg % pour conduire, selon le Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé * (CCATM).

Parmi les groupes d’âge les plus à risque, les piétons mortellement blessés âgés de 20 à 25 ans étaient les plus susceptibles d’avoir bu. Environ 85 pour cent des 20 à 25 ans avaient bu. Par contraste, seulement 15 pour cent des piétons de plus de 55 ans dont on a mesuré le taux d’alcoolémie avaient bu.

Les hommes représentent environ 75 pour cent de tous les piétons mortellement blessés qui avaient consommé de l’alcool, et 78,6 pour cent des piétons mâles qui avaient bu présentaient un taux d’alcoolémie supérieur à 0,08. Cependant, les hommes viennent en tête de liste parce qu’ils représentent près des deux tiers de tous les piétons décédés. Chez les femmes mortellement blessées alors qu’elles circulaient à pied, seulement 27,3 pour cent avaient bu et environ 70 pour cent des femmes qui circulaient à pied après avoir bu présentaient un taux d’alcoolémie de plus de 0,08.

Les statistiques sont remarquablement similaires chez nos voisins du sud : selon l’Insurance Institute for Highway Safety, 38 pour cent des piétons de 16 ans et plus mortellement blessés présentaient un taux d’alcoolémie égal ou supérieur à 0,08 en 2008. Le pourcentage augmentait à 53 pour cent pour les collisions qui s’étaient produites entre 21 h et 6 h.

En fait, ces statistiques peuvent sous-estimer le problème des piétons en état d’ébriété tués dans des accidents de la route car tous les piétons mortellement blessés ne subissent pas un test d’alcoolémie. Au Canada par exemple, des 365 piétons tués sur nos routes en 2008, 209 — ou 57,3 pour cent du nombre total — ont été en mesure de se soumettre à un contrôle d’alcoolémie.

Les piétons en état d’ébriété – et pas uniquement les conducteurs qui le sont – contribuent à l’étendue globale du problème des accidents mortels liés à l’alcool chaque année au Canada. Marcher sur la route après avoir bu peut être particulièrement risqué. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut exclure la marche comme moyen à prendre pour rentrer chez soi en toute sécurité. Opter pour la marche après avoir bu est un excellent choix. Il s’agit simplement que les piétons soient conscients qu’il y a des risques. Il est à espérer qu’en connaissant ces risques à l’avance, ils pourront rentrer à la maison sains et saufs.

La marche est indiscutablement une option encouragée, mais si vous prévoyez prendre quelques consommations ou plus, il vaut mieux tenir compte des conseils de sécurité qui suivent :

  • Portez des vêtements clairs afin que les automobilistes vous voient. Avec des vêtements foncés, vous vous fondriez dans le décor et seriez pratiquement impossible à discerner.
  • Soyez attentif aux autos qui circulent à proximité. Assurez-vous que le conducteur vous a vu avant de traverser la rue, même si vous traversez à une intersection.
  • Ne traversez pas en dehors des passages pour piétons; traversez toujours aux intersections.
  • Utilisez le système du copain; ne rentrez pas à pied seul si vous avez bu.
  • Prenez un taxi ou trouvez un autre mode de transport s’il est risqué de rentrer à pied, c.-à-d. si vous ne pouvez pas marcher en ligne droite.
  • Ne partez pas à pied s’il y a une tempête de neige ou une forte pluie. Ces conditions rendent la visibilité beaucoup moins bonne et les automobilistes peuvent avoir de la difficulté à voir un piéton en bordure de la route.

Les conducteurs doivent également être sur le qui-vive, en particulier le soir et dans les secteurs où sont regroupés les restaurants et les bars. Le comportement des piétons en état d’ébriété peut être difficile à prévoir. Ils surgissent parfois entre deux autos stationnées ou à d’autres endroits où on ne les attend pas.

Le Conseil canadien de la sécurité vous conseille vivement d’être avisé et de planifier à l’avance si vous prévoyez rentrer à pied après quelques consommations.

*Publié en 2010, le rapport du CCATM est basé sur des données de 2008 provenant des bases de données de la Fondation de recherches sur les blessures de la route.