Les chiens agressifs : un danger public

Cet article provient de l’archive de juillet 2005. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date.

Depuis quelque temps, on retrouve les mots « épidémie de morsures de chien » sur beaucoup de sites Web américains. Selon des statistiques, le nombre de morsures de chien est à la hausse aux États-Unis. À preuve, en 1986 on dénombrait 585 000 morsures de chien nécessitant des soins médiaux. En 1994, ce nombre est passé à 800 000.

Selon les Centres for Disease Control and Prevention, quelque 4,7 millions d'Américains - soit près de deux pour cent de la population - s'étaient fait mordre par un chien en 1998. Une victime sur six avait besoin de soins médicaux. Aux dires de la American Humane Association, il s'agit du problème numéro un en santé publique pour les enfants aux États-Unis, dépassant la rougeole, les oreillons et la coqueluche pris ensemble. Les données viennent par ailleurs confirmer que 47 pour cent des victimes de morsures de chien étaient des enfants d'âge scolaire.

L'Insurance Information Institute signale pour sa part que les réclamations liées aux morsures de chien ont quadruplé au cours des cinq dernières années, passant de 250 millions de dollars US en 1996 à environ 1 milliard US en 2000. Cette hausse incita certains assureurs américains à tenir compte - lors de la décision de souscrire une police d'assurance-maison - du fait que les chiens de certaines races avaient été stérilisés ou avaient suivi un cours d'obéissance.

Un manque de données au Canada

Le Canada ne dispose d'aucune donnée nationale sur la population canine, les décès et blessures dus aux chiens, et sur les races les plus dangereuses. Au Canada, c'est le système de santé qui assume une part importante du coût des morsures de chien, coût qui devrait être assumé par les assureurs. Il n'existe aucun système de déclaration obligatoire de morsures de chien, ni de propriétaires de chiens, de races, de stérilisation et d'antécédents agressifs.

Selon les résultats d'un rapport de coroner portant sur une fillette de six ans tuée par des chiens en 1999, 117 000 Québécois avaient affirmé avoir été mordus par un chien en 1997 et 1998. Soixante-quinze pour cent de ces victimes avaient moins de dix ans et la majorité s'étaient fait mordre par leur propre chien. Si on extrapole ces chiffres, le Conseil canadien de la sécurité estime que les chiens mordent 460 000 Canadiens par année. Nous semblons donc être aux prises avec plus ou moins le même problème que les Américains.

Trop souvent, on entend parler aux nouvelles d'attaques de chiens non provoquées. Certains chiens tuent des animaux domestiques plus petits, tandis que d'autres s'en prennent à des personnes. Ces blessures peuvent être graves et parfois nécessiter une importante intervention chirurgicale. Voici quelques incidents survenus au Canada cette année :

  • En janvier, on retira les accusations de meurtre portées contre une mère de Kingston, en Ontario, accusée d'avoir tué sa fillette de sept ans. Des preuves médico-légales sont venues prouver que les 80 blessures sur le corps de la fillette avaient été causées par un pit-bull qui résidait dans la maison.
  • Également en janvier, une fille de 16 ans de Toronto, en Ontario, fut mutilée par deux akitas pendant qu'elle livrait le journal. Elle dut subir une opération plastique de trois heures.
  • En février, une dame âgée de Coquitlam, en Colombie-Britannique, fut attaquée par un colley-berger allemand-rottweiler qui avait sauté par-dessus une clôture. On dut refermer les plaies punctiformes sur ses deux bras à l'aide de points de suture.
  • En mars, un pit-bull sans licence à Calgary, en Alberta, blessa grièvement un schnauzer et mordit son maître. Un passant dut frapper le pit-bull à l'aide d'un bâton de hockey à plusieurs reprises avant qu'il ne lâche prise.
  • En juillet, une fillette de cinq ans de Owen Sound, en Ontario, s'est fait couper à 39 endroits et s'est fait déchirer une bonne partie des fesses lorsqu'un rottweiler l'attaqua chez ses grands-parents. Elle fut admise aux soins intensifs. Sa mère se fit également blessée lorsqu'elle tenta de repousser le chien.
  • Également en juillet, un pit-bull sema la terreur dans les rues de St-Romuald, au Québec, blessant un cycliste et chassant une femme dans sa maison, la forçant de fermer la porte d'en avant sur la tête du chien. Les policiers durent abattre l'animal à l'aide de cinq balles.

Des propriétaires responsables

Lorsqu'on a le bon chien et qu'on en prend bien soin, on a un compagnon sûr et fiable. Par contre, il faut bien socialiser et dresser son chien. Un chien peut constituer une grave menace lorsqu'il est mal traité, ou élevé ou dressé à dessein pour attaquer des personnes ou des animaux. De plus, lorsqu'un chien se sent menacé, est en colère, est effrayé ou éprouve de la douleur, il peut mordre. Qu'il s'agisse d'espace, de nourriture ou d'un jouet, les chiens défendent par instinct leur territoire.

La majorité des victimes de morsures de chien sont des enfants. Dans bien des cas, lorsqu'on taquine ou provoque involontairement un chien, il devient agressif et mord. Il importe de signaler qu'un chien peut parfois attaquer sans qu'on l'ait provoqué. C'est pour cette raison qu'on ne doit jamais laisser sans surveillance un enfant en compagnie d'un chien. Les parents doivent apprendre à leurs enfants comment se comporter lorsqu'ils sont en présence d'un chien, même s'ils n'en ont pas un.

Les chiens ayant été dressés ou élevés pour être brutaux appartiennent souvent à des narcotrafiquants, regroupements criminels et personnes violentes ou irresponsables qui cherchent à intimider les autres. Ces chiens - et leurs propriétaires - posent un grave danger pour la sécurité communautaire.

Au cours des dernières années, le problème de criminalité a incité un plus grand nombre de personnes à se procurer un chien pour fins de protection. Si ces personnes sont dans l'impossibilité de contrôler leur chien, elles se mettent en danger, ainsi qu'autrui. On compte à ce sujet beaucoup de dispositifs de sécurité sur le marché qui constituent une solution de rechange nettement plus sécuritaire à un chien.

Le mode de vie est un autre facteur. Lorsqu'on est propriétaire d'un chien, on doit lui consacrer énormément de temps parce qu'il a besoin de beaucoup d'attention. Tout propriétaire qui se voit dans l'obligation d'enfermer son chien (ou de l'attacher à une chaîne) 12 heures par jour ne devrait pas avoir de chien.

Le contrôle des animaux dans les municipalités

Au Canada, le contrôle des animaux relève surtout des municipalités, alors que l'importation d'animaux, les frais médicaux liés aux morsures de chien et la collecte de données nationales sur les blessures causées par les chiens relèvent du fédéral. Les éleveurs sont tenus de se conformer aux lois de leur province.

Une bonne mise en application des règlements sur le contrôle des animaux fait partie de la solution. Dans certaines municipalités, moins de 20 pour cent des chiens sont immatriculés. On constate que les chiens sans licence sont moins souvent stérilisés et on sait que la stérilisation joue un rôle important dans la prévention des agressions. S'assurer qu'on dispose des ressources nécessaires à la mise en application des règlements sur le contrôle des animaux aidera une collectivité à protéger ses habitants contre les chiens agressifs.

La National Companion Animal Coalition (la coalition nationale d'animaux de compagnie) a élaboré des lignes directrices sur les règlements municipaux efficaces visant à contrôler les animaux, dont un règlement type. La Coalition conseille aux municipalités d'adopter une loi destinée à prévenir les situations dangereuses, en n'oubliant pas que les chiens dangereux sont d'ordinaire le résultat de propriétaires irresponsables et que les propriétaires devraient être tenus responsables du comportement de leur chien. L'exposé de position est affiché sur le site Web de la Fédération de sociétés canadiennes d'assistance aux animaux.

Voici quelque critères relatifs à l'identification de chiens dangereux :

  • un chien qui a tué une personne ou un animal domestique, peu importe les circonstances.
  • un chien qui a mordu ou blessé une personne ou un animal domestique. On peut faire abstraction des cas où un chien a été taquiné, abusé, ou agressé, et des chiens qui ont attaqué une personne qui avait pénétré dans la propriété de leur maître.
  • un chien qui a tendance à être menaçant ou agressif.
  • un chien dressé pour l'attaque.

Pour le bien de la sécurité publique, les municipalités devraient faire euthanasier les chiens dangereux ou exiger que leur propriétaire se conforme à des critères précis relativement au soin de leur chien. Les municipalités devraient de plus imposer des peines sévères aux propriétaires qui ne se conforment pas à ces critères.

Les règlements municipaux devraient exiger la stérilisation des chiens dangereux, parce que la stérilisation permet de réduire l'agressivité chez les chiens et empêche les propriétaires de vendre des chiots qui seront probablement à leur tour dangereux. Ces règlements doivent de plus exiger que les chiens dangereux portent une muselière et une laisse lorsqu'ils s'aventurent à l'extérieur de la propriété de leur maître, et qu'ils soient bien enfermés chez eux. Si un propriétaire ne veut pas ou ne peut pas répondre à ces exigences, on devrait exiger qu'il fasse euthanasier son chien.

Les races dangereuses

Selon les statistiques, certaines races de chien ont plus de chances de commettre des attaques brutales. Certains pays européens ont déjà banni ou interdit l'importation et l'élevage de races de chiens jugées dangereuses. Une poignée de municipalités canadiennes en ont fait autant, souvent à la suite d'un incident grave.

Les responsables devraient savoir que l'interdiction de certaines races peut inciter des gens voulant un chien agressif à chercher d'autres races de chien et à les élever ou à les dresser pour qu'ils deviennent méchants. Après que la France a adopté une loi interdisant certaines races de chiens, des gens commencèrent à importer clandestinement des magots (Macaque sylvanus) pour être utilisé comme chiens de garde. Le magot a des membres très forts et des dents pointues et il s'emporte facilement. Il s'attaque à la tête des humains.

L'interdiction de certaines races ne constitue pas une solution toute faite. Une bonne solution devrait englober l'adoption de mesures efficaces visant à contrôler les animaux, les éleveurs de bonne réputation, les propriétaires responsables, la sensibilisation de la population, ainsi que la mise en application de la loi et les données fiables.