Équilibrer les priorités est essentiel à la sécurité

Cet article provient de l’archive d’octobre 2003. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date.

Parfois, les parents au travail se croient jongleurs, essayant tant bien que mal de garder toutes les balles dans les airs.

Contrairement à il y a dix ans de cela, bon nombre de Canadiens ont une semaine de travail plus longue. Il est à ce sujet ressorti de l'Enquête nationale sur le conflit entre le travail et la vie professionnelle (2001) que le nombre d'heures de travail a en général augmenté, de même que le pourcentage de Canadiens qui sont responsables des soins aux enfants, aux aînés ou aux deux à la fois. Tout au long des années 1990, les entreprises ont vécu des changements commandés par la réduction et le rajustement des effectifs, la restructuration et la mondialisation. Résultat : la précarité de l'emploi et des charges de travail plus lourdes. Depuis 1991, année de la dernière étude, le nombre d'heures de travail supplémentaires non rémunérées a augmenté de façon marquée.

Dans le monde fou fou d'aujourd'hui, il est parfois difficile de voir à ses responsabilités familiales et professionnelles. La sécurité est un facteur critique au coeur de ce défi.

La sécurité d'abord

En juillet 2003, une tragédie qui serait attribuable à une routine inversée et à un simple oubli a secoué tous les Canadiens. Un Montréalais avait garé sa voiture dans laquelle sa fille de deux ans dormait. Elle ne s'est pas réveillée lorsque son père a verrouillé les portières. Les glaces étaient montées. Huit heures plus tard, il a retrouvé sa fillette sans vie dans sa voiture chaude.

Un mois plus tard, soit à la mi-août, deux tout-petits ont péri dans un incident semblable survenu au New Jersey. Le regroupement américain « Kids and Cars » déclara à cette occasion que 35 enfants laissés à l'intérieur d'une voiture chaude avaient déjà perdu la vie en 2003. Selon ce regroupement, la moitié des adultes en cause étaient des professionnels qui menaient une brillante carrière.

Lorsque les parents soucieux pensent à leur travail, la sécurité de leurs enfants passe parfois au second plan, parce que le cerveau doit jongler avec des priorités. Notre « mémoire de travail » nous permet de mémoriser des informations à court terme. Elle peut retenir des idées connexes plus facilement que des idées disparates. Les psychologues laissent entendre que le fait de penser à quelque chose n'étant pas relié à l'enfant peut amener un parent à oublier son enfant - non pas parce que l'enfant est moins important, mais parce qu'il y a une connexion qui ne se fait pas.

Les trous de mémoire sont fréquents. Pour pallier ce problème, on devrait se faire une routine. Mais étant donné que les routines peuvent parfois changer, on devrait y incorporer des aide-mémoire visuels. Par exemple, les automobilistes qui déposent leur enfant à la garderie avant de rentrer au travail, devraient avoir un aide-mémoire visuel, tel que le bonnet de l'enfant, déposé sur la banquette avant, ou mettre un article important, tel qu'un sac à main, une serviette ou un lunch, sur la banquette arrière, à côté de l'enfant.

Avant et après l'école

Bon nombre de couples planifient leurs horaires de travail pour qu'ils n'aient pas besoin de faire garder leurs enfants ou de laisser les enfants plus vieux se débrouiller. Par contre, l'horaire de travail type exige que le parent quitte la maison avant que l'enfant n'aille à l'école ou qu'il rentre à la maison après l'enfant.

Selon le Conseil canadien de la sécurité, les parents ne devraient pas laisser les enfants de moins de dix ans seuls à la maison. Les parents devraient déterminer si l'enfant peut se débrouiller seul ou avec des frères et soeurs pendant quelque temps avant ou après l'école. Ils ne devraient jamais se fonder uniquement sur l'âge d'un enfant pour déterminer s'il peut rester seul à la maison. Par exemple, les ados et pré-ados peuvent parfois s'attirer plus d'ennuis que les enfants plus jeunes.

Les parents doivent s'assurer que leurs enfants sont en lieu sûr et qu'ils sont surveillés même s'il n'y a aucun adulte à la maison.

Si vous travaillez et devez préparer vos enfants à rester seuls à la maison, visitez le site Web du Conseil canadien de la sécurité. Vous y trouverez de judicieux conseils. Le CCS fait également paraître Le débrouillard averti, un livret d'activités qui s'adresse aux enfants de dix ans et plus.

Les jeunes, les vieux et les épuisés

Dans l'Enquête nationale sur le conflit entre le travail et la vie professionnelle (2001), 70 pour cent des employés interrogés étaient des parents, 60 pour cent avaient soins d'aînés, 13 pour cent avaient la garde de parents handicapés, et 13 pour cent voyaient aux besoins d'enfants et d'aînés à la fois.

Le recours à des formules de travail de rechange, telles que l'horaire flexible ou le télétravail, peut permettre aux employés de s'occuper de leur famille. Certains optent par exemple pour un emploi à temps partiel ou le partage d'emploi, afin de pouvoir voir à leurs besoins personnels et professionnels.

Selon l'enquête sur le conflit entre le travail et la vie professionnelle, les exigences liées au travail se sont accrues au cours de la dernière décennie. Ceux qui se déplacent pour travailler passent en moyenne plus de trois soirs par semaine à l'extérieur du foyer. Pour grimper des échelons - ou juste pour conserver leur emploi - les employés doivent travailler de longues heures et faire du travail à domicile. Avec la mondialisation, les employés doivent étendre leurs heures de travail en vue d'accomplir du travail dans d'autres fuseaux horaires. Les compressions et la concurrence font aussi en sorte que les effectifs sont réduits au minimum pour contrôler les coûts. De plus, lorsque la planification est déficiente il faut gérer les crises, ce qui est stressant et chronovore.

Les horaires exigeants ont entre autres eu pour effet de changer les modes de vie. À titre d'exemple, les hommes voient plus à l'éducation des enfants que par le passé, et prennent soin des aînés. Mais une journée n'a que 24 heures. Plus on consacre du temps au travail, moins on dispose de temps pour les autres choses de la vie, dont la famille, les travaux ménagers, les loisirs et le sommeil.

Les gens qui sont toujours stressés ou privés de sommeil se mettent à risque et posent un risque pour les autres.

La concentration = la sécurité

Le Conseil canadien de la sécurité et TheSteelAlliance commandent chaque année une enquête nationale sur la conduite. Selon les résultats de l'enquête 2003 les automobilistes canadiens essaient de faire de plus en plus de choses durant une journée, même si cela met en danger leur sécurité.

  • Le nombre d'automobilistes qui ont avoué avoir fait montre d'agressivité au volant au moins une fois au cours des douze derniers mois est passé de 84 pour cent en 1999 à 88 pour cent en 2003. Le stress était la principale raison évoquée.
  • Plus de la moitié des automobilistes interrogés avaient pris le volant alors qu'ils étaient fatigués au cours des douze derniers mois, dont un sur dix qui avait avoué s'être endormi au volant.
  • Un alarmant 97 pour cent des automobilistes âgés de 18 à 49 ans ont avoué avoir fait plusieurs tâches à la fois au volant au cours de la même période.

Selon une étude réalisée en 1999 par le Highway Safety Research Center à l'University of North Carolina, les automobilistes qui cumulent plus d'un poste, qui dorment six heures ou moins par nuit ou qui prennent le volant entre minuit et 6 heures, sont plus susceptibles d'être impliqués dans une collision due à la fatigue. Environ la moitié des automobilistes ayant eu une collision due à un manque de sommeil ne se sentaient pas somnolents avant que la collision ne survienne. Le quart des répondants ont affirmé qu'ils avaient conduit alors qu'ils étaient fatigués au moins dix fois au cours des douze derniers mois. L'étude conclut que toute personne qui est régulièrement privée de sommeil est à risque, et que les automobilistes privés de sommeil courent autant de risque d'être impliqués dans une collision que ceux en état d'ébriété.

Il est ressorti d'une étude australienne réalisée en 1997 qu'un automobiliste privé de sommeil pendant 17 à 19 heures avait les facultés aussi affaiblies qu'un automobiliste affichant un TA de 0,05. Cette étude vient confirmer les preuves voulant que la fatigue due à la privation de sommeil puisse réduire le temps de réaction et la dextérité nécessaires à la prudence au volant et en milieu industriel.

Les personnes fatiguées, pressées, ou s'attardant trop à d'autres problèmes ou tâches posent un danger. Les tâches, telles que conduire un véhicule automobile, nécessitent de la concentration, de la vigilance et de la coordination. L'équilibre des responsabilités professionnelles et personnelles doit englober l'exécution sécuritaire de ces tâches.

Les acteurs dans le jeu de l'équilibre

Bon nombre d'employeurs savent que des horaires flexibles et un milieu de travail adapté à la famille leur permettent d'attirer et de conserver des employés talentueux. Une culture de bourreau de travail finit par réduire le moral du personnel et par devenir improductif et dangereux. Les politiques qui permettent aux employés d'équilibrer les priorités non professionnelles et professionnelles prévoient des formules de travail de rechange, moins de déplacements et moins d'heures de travail supplémentaires.

Les gouvernements ont également un grand rôle à jouer. Ils légifèrent les normes d'emploi, les droits et les responsabilités, les conditions en milieu de travail et les avantages sociaux. Ils offrent par ailleurs des voies de recours aux employés dont l'employeur refuse de leur permettre de concilier les responsabilités professionnelles et familiales. En tant qu'employeurs, les gouvernements peuvent également donner le bon exemple.

L'employé est l'acteur le plus important dans la conciliation du travail et de la vie personnelle. Il devrait s'engager à mener une vie équilibrée, à se fixer des priorités et à les respecter. Il se peut que certains Canadiens qui ont du mal à boucler les fins de mois n'arrivent pas à faire des compromis ; par exemple, si deux emplois suffisent à peine pour payer le loyer et l'épicerie. Il est néanmoins ressorti d'une étude rendue publique en août 2003 que le tiers des employés canadiens ne prennent même pas les congés auxquels ils ont droit, se privant en moyenne de huit congés par année.