Soupeser les risques : l’obésité et la sécurité

Cet article provient de l’archive d’octobre 2005. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date.

Un sondage de Statistique Canada publié en juillet 2005 a révélé des taux d’obésité alarmants. Aujourd’hui, 23 p. cent des Canadiens adultes sont obèses, comparativement à 14 p. cent il y a vingt-cinq ans. Entre 1978 et 2004, le taux d’embonpoint/obésité chez les adolescents âgés de 12 à 17 ans a plus que doublé, en passant de 14 à 29 p. cent alors que le taux d’obésité dans cette catégorie d’âge a triplé, en passant de 3 p. cent à 9 p. cent. 

Les taux d’obésité révélés par l’enquête étaient basés sur l’indice de masse corporelle (IMC), une mesure du poids du corps relative à la grandeur. L’IMC est calculé en divisant le poids en kilogrammes par la taille en mètres carrés. Les adultes ayant un IMC de 30 ou plus sont jugés obèses. Par exemple, un homme mesurant 1,8 m (5' 10") qui pèse 95 kg (210 livres) a un IMC de 30; une femme de 1,6 m (5' 4") ayant un poids de 80 kg (175 livres) a aussi un IMC de 30. Une obésité morbide est définie par un IMC de 40 ou plus; l’IMC d’une femme mesurant 1,73 m (5'8") qui pèse 121,5 kg (270 livres) est de 41.

L’obésité entraîne un risque élevé de graves problèmes de santé comme le diabète, des problèmes de vésicule biliaire, des problèmes cardiovasculaires (hypertension artérielle, AVC et coronaropathie) et certains cancers. L’obésité grave est liée à une mortalité douze fois plus élevée dans le groupe d’âge de 25 à 35 ans comparativement à celle pour les personnes minces. Selon L’Institut canadien d’information sur la santé, les personnes obèses sont trois fois plus aptes à avoir besoin d’un remplacement d’un joint que les personnes de poids normal et leur rétablissement est considérablement plus long.

Le terme bariatrique, signifiant l’étude de l’obésité, a été créé autour de 1965 pour décrire le domaine relativement nouveau, mais grandissant de la médecine qui s’intéresse aux causes, à la prévention et au traitement de l’obésité.

Les modes de vie sédentaires et une diète riche en gras et dense en énergie sont jugés comme étant les causes profondes de l’épidémie d’obésité. Quelle est la relation entre l’obésité et la sécurité?

Soulever et transporter

Le poids des personnes extrêmement lourdes pose un risque pour les personnes qui doivent les soulever ou les transporter ainsi que pour celles qui doivent être déplacées. Un équipement et une formation spécialisés sont nécessaires pour déplacer les personnes qui sont maladivement obèses.

Les blessures liées au soulèvement, surtout les maux lombaires, sont courantes parmi les travailleurs des soins de santé. Soulever un patient obèse augmente énormément ce risque. Dans un cadre institutionnel, les patients obèses ne peuvent pas être soulevés de la même façon que les adultes « plus gras ». Un équipement bariatrique est nécessaire pour soulever et transférer les personnes obèses ainsi que des fauteuils roulants, des lits et des commodes conçus pour des personnes qui pèsent des centaines de livres de trop. Cette situation entraîne la nécessité, pour les installations de soins de santé, d’acheter des produits spécialisés et d’investir dans la formation des travailleurs afin d’assurer la sécurité du patient et de l’employé.

Les intervenants en cas d’urgence font face à un défi lorsqu’ils doivent déplacer une personne corpulente. À cause de leur mobilité limitée, les personnes obèses sont plus sujettes à une aide supplémentaire. Un équipement bariatrique doit être efficace et permettre une utilisation rapide et un surcroît de personnel est aussi nécessaire pour transporter les personnes obèses. La charge maximale pour la plupart des civières ordinaires est d’environ 295 kg (650 livres). Les personnes maladivement obèses doivent être transportées sur des civières conçues pour une grande surface corporelle. Ces civières spécialisées sont plus larges que les civières normales, mais ne permettent pas le dépassement de la limite de poids. Ces civières sont encore relativement peu courantes dans les services ambulanciers au Canada.

Dans le cas d’un incendie, toute personne incapable de passer dans un chemin normal d’évacuation comme une cage d’escalier ou une fenêtre pourrait avoir très peu d’options qui s’offrent à elle. Si l’incendie se produit dans un édifice à plusieurs étages, les personnes trop grosses pour se déplacer rapidement d’elles-mêmes peuvent avoir des difficultés à sortir à cause des ascenseurs hors service et des foules se dépêchant de s’échapper.

Une catastrophe naturelle peut mettre en danger un grand nombre de personnes. À cause de l’ampleur même d’une catastrophe importante, les sauveteurs peuvent être incapables de transporter les personnes très obèses et de les mettre hors de danger.

La conduite

En 2002, une étude s’est penchée sur plus de 26 000 personnes qui avaient subi un  accident d’auto. Selon l’étude, le taux de mortalité est deux fois plus élevé chez les gens ayant un IMC de 35 à 39 que chez les personnes ayant un IMC d’environ 20. Les gens qui pèsent entre 100 et 119 kg (242 à 262livres) risquent environ deux fois et demie de plus de mourir dans un accident que les personnes pesant moins de 60 kg(132 livres), mais l’obésité est un facteur plus important que le poids corporel lui-même. Les raisons du risque plus élevé de blessure ou de décès comprennent notamment la force même du poids, les problèmes de santé sous-jacents qui entravent le rétablissement et la dificulté de dégager une personne obèse d’un véhicule endommagé.

Les détaillants automobiles fournissent gratuitement des rallonges de ceintures de sécurité qui ajustent l’attache à un corps plus gros parce que les ceintures de sécurité normales ne sont pas conçues pour des personnes obèses. Dans un accident, une ceinture de sécurité doit serrer un os : la hanche, le sternum, l’épaule, les côtes. Le gras n’agit pas comme coussin de sécurité et il peut même être nuisible. Il agit comme l’air et crée un trou entre la ceinture et les os, donc la personne glisse derrière la ceinture lorsque le véhicule fait un tonneau. Dans un accident, la ceinture claque dans ce trou et écrase le squelette ou les organes lorsqu’ils foncent vers l’avant.  Si la ceinture de sécurité ne rejoint pas rapidement le pelvis, l’accident peut endommager les organes internes.

Les fabricants d’autos ont aidé à financer la Civilian American and European Surface Anthropometry Resource (CAESAR), un projet international privé-public, qui a produit des images numériques 3-D de milliers d’hommes et de femmes de toutes tailles. Les ingénieurs peuvent électroniquement placer les images numérisées derrière le volant ou dans les sièges des passagers de leurs véhicules. 

La base de données de la CAESAR permet aux fabricants de véhicules de tenir compte du confort et de la sécurité des conducteurs et des passagers corpulents. Dans certains véhicules, les sièges ont maintenant des rails plus longs sur lesquels il est possible de glisser, ce qui accorde plus d’espace entre le conducteur et le volant. Des pédales ajustables permettent aux conducteurs bedonnants de se placer plus loin du volant. 

On a aussi suggéré d’utiliser des mannequins d’essais de choc plus lourds lors de l’exercice de certification permettant de confirmer que les autos sont sécuritaires. Même si les règlements en matière de sécurité exigent seulement l’utilisation de mannequins d’essais de choc de sexe masculin du 50e percentile,  pratiquement tous les fabricants d’automobiles font déjà des essais de choc avec des mannequins du 95e percentile (6'2" et 223 livres ou environ 188 cm et 100 kg).

La prévention : une priorité

Dans sa stratégie mondiale sur la diète, l’activité physique et la santé, l’Organisation mondiale de la santé distingue l’obésité comme une priorité internationale. En 1995, environ 200 millions d’adultes étaient obèses sur la planète. En 2000, le nombre d’adultes obèses s’élevait à plus de 300 millions. Cette épidémie d’obésité dépasse beaucoup les pays développés; paradoxalement, elle cohabite avec la sous-nutrition.

Comme partie intégrante de l’Association internationale pour l’étude de l’obésité, un groupe de travail international sur l’obésité se penche sur quatre domaines d’inquiétudes :

  • La prévention – pour stopper le mouvement de l’embonpoint à l’obésité
  • L’obésité chez les enfants – pour évaluer le problème et suggérer des solutions
  • La gestion – pour développer de meilleures lignes directrices pour s’occuper du poids
  • Les coûts économiques – pour évaluer le fardeau financier de l’obésité

Plusieurs pays ont déjà établi des initiatives nationales pour s’attaquer aux préoccupations notées plus haut. En 2005, Santé Canada a établi un réseau canadien en obésité pour s’attaquer au problème de l’aide à l’éducation, de l’information publique et de la recherche.

Le Conseil canadien de la sécurité est un partenaire de longue date qui encourage les programmes en milieu de travail qui font la promotion de l’alimentation saine et de l’activité physique. L’Escalier vers la santé est une ressource en ligne qui encourage l’utilisation des escaliers comme méthode pour créer une activité physique dans la vie de tous les jours axée sur le milieu de travail. Une évaluation environnementale des politiques sur les modes de vie sains a été lancée en 2005 en collaboration avec l’objectif de Santé Canada de réduire l’obésité de 10 p. cent. 

Mise à jour : janvier 2006