L'intimidation en milieu de travail

Cet article provient de l’archive de septembre 2000. Bien que tout effort ait été pris pour assurer la précision de l’information présenté, veuillez noter que certaines informations pourraient être hors date. 

Les employeurs commencent à prendre des mesures afin de rendre l'intimidation aussi mal vue que le harcèlement sexuel ou l'ivresse en milieu de travail.

L'intimidation dans les cours d'école - soit lorsqu'un enfant tourmente un autre - s'apparente souvent aux brimades en milieu de travail. Dans les deux cas, une personne anxieuse qui souffre d'un complexe d'infériorité, cherche à contrôler sa victime en exerçant du pouvoir par l'humiliation. Les auteurs d'intimidation dans les écoles finissent par devenir des adultes dominateurs, s'ils sont encouragés par leurs camarades de classe, des enseignants peureux ou des administrateurs qui ferment les yeux sur ce comportement violent. Lorsqu'ils entrent sur le marché du travail, ils continuent à tourmenter les autres.

La violence psychologique

En 1999, l'Organisation mondiale du travail (OIT) a fait paraître un rapport traitant de la violence en milieu de travail, rapport qui soulignait que cette violence physique et émotionnelle était l'un des plus graves problèmes avec lesquels les milieux de travail sont aux prises en ce nouveau millénaire. La définition de la violence en milieu de travail de l'OIT inclut l'intimidation.

Dans l'Enquête nationale du service de santé et de sécurité du SCFP, parue en janvier 1994, la définition de la violence reconnaît l'agression verbale et le harcèlement comme faisant partie du problème : « Tout incident au cours duquel une personne employée est agressée, menacée ou assaillie en cours d'emploi. Cela comprend l'exercice de la force, des menaces avec ou sans armes, des agressions verbales sérieuses et le harcèlement sexuel et racial persistant. »

L'intimidation (le harcèlement en général) est beaucoup plus répandue que les autres comportements destructeurs couverts par la loi, tels que le harcèlement sexuel et la discrimination raciale.

Une enquête canadienne sur la violence au travail a révélé que la violence physique est souvent perpétrée par des personnes en dehors du milieu de travail, telles que clients, étudiants et patients, tandis que la violence psychologique est plus souvent commise par quelqu'un au sein de l'organisme. Selon une étude américaine, environ un travailleur américain sur cinq a été la victime d'intimidation destructive au cours de l'année écoulée.

L'adoption de politiques en milieu de travail s'impose

Le 6 avril 1999, un ancien employé de la commission de transport régional d'Ottawa-Carleton, OC Transpo, s'est déchaîné en ouvrant le feu sur le personnel. Il tua trois employés avant de s'enlever la vie. Le meurtrier avait été la victime de harcèlement en milieu de travail.

L'enquête du coroner recommanda que la définition de la violence en milieu de travail couvre non seulement la violence physique, mais également la violence psychologique, telle que l'intimidation, le harcèlement psychologique exercé par le groupe à l'encontre d'un individu, les taquineries, les railleries et tout autre geste ou toutes autres paroles susceptibles de blesser psychologiquement ou d'isoler un employé.

Aucune juridiction au Canada n'exige que les employeurs se dotent d'un programme de prévention de violence en milieu de travail. C'est pour cette raison que le jury d'OC Transpo, recommanda aux gouvernements fédéral et provinciaux d'adopter une loi destinée à réduire la violence en milieu de travail et aux employeurs d'élaborer des politiques ayant pour but de s'attaquer à la violence et au harcèlement.

Auteurs de violence et victimes

Plus de 72 p. 100 des intimidateurs sont des patrons, certains sont des collègues de travail, alors qu'une minorité sont à des échelons supérieurs. Tant les hommes que les femmes peuvent faire de l'intimidation.

La personne tyrannisée type est faible, excentrique ou solitaire. Cependant, un intimidateur adulte cible souvent un employé adulte compétent et dévoué, fort aimé de ses collègues de travail. Les intimidateurs sont les plus susceptibles de s'attaquer à une personne qui a l'esprit de la collaboration et un entregent non conflictuel, parce qu'ils considèrent les atouts d'une telle personne comme une menace et sont déterminés à l'amoindrir.

Le portrait d'un intimidateur

Les auteurs de l'intimidation d'âge adulte, comme c'est le cas pour leurs pendants dans les cours d'école, ont tendance à être des personnes peu sûres, et à avoir peu ou point d'entregent et peu d'empathie. Ils extériorisent cette incertitude, en prenant un malin plaisir à s'attaquer aux personnes compétentes dans leur milieu et à les amoindrir.

Un intimidateur en milieu de travail expose sa victime à des critiques injustifiées et trouve toujours à redire. De plus, il ou elle l'humilie toujours, notamment devant les autres, et ignore, contredit, isole et exclue sa victime.

Si l'intimidateur est le supérieur de la victime, il ou elle peut s'organiser pour faire échouer la victime, en fixant des buts et des échéanciers irréalistes, ou en lui refusant les informations et les ressources nécessaires ; donner à la victime une surcharge de travail ou la priver de travail (parfois en remplaçant le travail valorisant par du travail dégradant) ; ou accroître ses responsabilités tout en retirant de l'autorité.

Peu importe les tactiques utilisées, l'intimidation est alimentée par le besoin de contrôler les autres.

Le fardeau de l'intimidation

Les employés intimidés perdent entre 10 et 52 p. 100 de leur temps au travail. Des recherches démontrent à ce sujet qu'ils passent leur temps à se défendre, à solliciter l'appui de leurs collègues, et à penser à la situation. Ils sont démotivés et stressés, et prennent des congés de maladie attribuables à des maladies liées au stress.

Les intimidateurs empoisonnent le milieu de travail en abaissant le moral, en faisant régner la peur et la colère et en causant des dépressions. Au bout du compte, ce phénomène se traduit, pour les employeurs, par une perte d'efficacité, de l'absentéisme, des taux de roulement élevés du personnel, des prestations de départ et des poursuites. Dans des cas très graves, un incident violent peut avoir des conséquences tragiques.

La famille et les amis de la victime ressentent également tous les jours le stress, ainsi que la dépression nerveuse qui s'ensuit. L'anxiété et la colère qu'éprouvent la victime peuvent aller jusqu'à nuire à sa vie conjugale, voire même la détruire. Les amitiés sont d'autant plus mises en veilleuse parce que la tyrannie finit par devenir une obsession pour la victime.

C'est notre système de soins de santé qui doit réparer les dégâts - visites chez le médecin pour symptômes dus au stress, ordonnances de médicaments antidépresseurs, de même que le counseling de longue durée ou les soins en psychiatrie. Nous payons donc tous la note.

Prévention

Les intimidateurs au travail constituent un énorme fardeau pour l'employeur, occasionnant des problèmes de santé et de sécurité liés au stress et chassant les bons employés.

Les entreprises se doivent d'adopter des politiques sévères pour contrer le phénomène des intimidateurs. Parmi les éventuels avantages de ces politiques, il convient de mentionner les suivants : un milieu de travail plus calme et plus productif, de meilleures prises de décisions, moins de temps perdus pour congés de maladie ou des écritures pour se défendre, un taux de maintien de l'effectif plus élevé, ainsi qu'un risque moins important de poursuites.

Mentionner dans votre guide à l'intention des employés que l'intimidation constitue un comportement inacceptable. Mettez sur pied des systèmes adéquats d'enquête, d'enregistrement et de règlement de conflits. Menez sur-le-champ des enquêtes sur les plaintes, tout en faisant montre de discrétion et en assurant la confidentialité et en protégeant les droits de tous les employés touchés. Il est également important de comprendre à fond tout incident impliquant un intimidateur, afin de s'attaquer sérieusement au problème à tous les niveaux.

La productivité des organismes qui gèrent leur personnel avec brio surpasse de 30 à 40 p. 100 la productivité de ceux qui ne le font pas. Favoriser un bon entregent à tous les paliers de l'organisation est essentiel à une bonne gestion et à un milieu de travail sain. Il n'y a pas de place pour les intimidateurs au sein d'une organisation efficace.