De quelle façon le cannabis peut-il affaiblir vos facultés au volant ?

Selon les résultats de l’Enquête sur les toxicomanies au Canada, publiés en novembre 2004, 14 % des Canadiens ont indiqué avoir consommé du cannabis au cours de la dernière année, soit presque le double du taux enregistré en 1994
(7,4 %). Près de 30 % des 15 à 17 ans et un peu plus de 47 % des 18 à 19 ans ont dit avoir consommé du cannabis au cours de la dernière année.

Cette hausse du nombre de consommateurs de cannabis n’est donc pas sans soulever de préoccupations au chapitre de la conduite sous l’emprise de cette drogue. Des recherches indiquent à ce sujet que les effets du cannabis sur la conduite sont plus graves qu’on ne le croirait.

Comme de raison, les facultés s’affaiblissent davantage à des doses plus élevées. Le tétrahydrocannabinol (THC), substance psychoactive qu’on retrouve dans le cannabis, a pour effet d’affaiblir les facultés d’un conducteur. Sous son influence, un conducteur peut, par exemple, éprouver de la difficulté à rester dans sa voie, à conserver la bonne distance avec le véhicule qu’il suit et à prendre des décisions rapides lors de manoeuvres, telles que les dépassements. Lors d’une situation inattendue, les réflexes d’un conducteur dont les facultés sont affaiblies par le cannabis peuvent en prendre un dur coup.

Ceux qui prennent le volant sous l’influence de l’alcool ont des facultés plus affaiblies que ceux qui consomment du cannabis et courent manifestement plus de risques d’être impliqués dans un accident de la route. Contrairement aux personnes qui conduisent sous l’influence de l’alcool, celles sous l’influence du cannabis sont très conscientes de leur état d’ébriété. Elles essaient donc de conduire plus prudemment, en ralentissant, en se concentrant et en évitant les dangers. En revanche, les conducteurs en état d’ébriété ont tendance à prendre plus de risques, à adopter un comportement plus agressif au volant, à ignorer leur niveau d’ébriété et à ne pas compenser.

Les personnes qui prennent certains médicaments sur ordonnance semblent plus sujettes à avoir des accidents que les consommateurs de cannabis. Il est ressorti à ce sujet d’une étude britannique réalisée en 2004 sur l’usage du cannabis à des fins médicinales que le niveau d’affaiblissement des facultés associé au cannabis au volant était semblable (ou inférieur) à celui occasionné par des médicaments couramment utilisés pour traiter des affections semblables. À titre d’exemple, les benzodiazépines, médicaments que l’on prescrit couramment aux aînés, augmentent les risques d’accident. Une autre étude a également démontré que les risques avaient quintuplé chez les gens qui avaient pris des benzodiazépines au cours des trois derniers mois.

Chose étonnante, il existe peu de preuves indiquant que les conducteurs qui ont seulement consommé du cannabis aient plus tendance à avoir des accidents par rapport à ceux qui n’en consomment pas. Cela ne veut toutefois pas pour autant dire que c’est un choix intelligent de conduire sous l’influence du cannabis.

Seuls les décès et les blessures graves ont fait l’objet d’analyses parmi les recherches disponibles. Il reste donc encore du chemin à faire dans le domaine de la recherche afin de déterminer dans quelle mesure le cannabis peut être un facteur en cause dans des collisions moins graves.

On peut par ailleurs détecter la présence de THC dans le sang ou l’urine quelques jours après qu’une personne a consommé du cannabis. Des enquêtes menées auprès de gens qui venaient de consommer du cannabis ont démontré que les conducteurs affichant un taux de THC positif, notamment à des doses plus élevées, courent de trois à sept fois plus de risques d’être responsables d’un accident par rapport aux conducteurs qui n’avaient pas consommé de drogues ou d’alcool. Autrement dit, un conducteur court plus de risques d’avoir un accident lorsqu’il vient tout juste de consommer du cannabis, et non quelques temps après en avoir consommé.

On a pu détecter la présence de THC dans quelques accidents mortels seulement. On retrouve la plupart du temps une combinaison de drogues et d’alcool dans les accidents mortels. Des études contrôlées ont démontré que le cannabis et l’alcool ont pour effet de drôlement affaiblir les facultés. Les statistiques sur les décès mortels chez les conducteurs abondent aussi dans le même sens, soit que la consommation du cannabis de concert avec l’alcool augmente les risques d’accident de façon marquée.

Références :

O.H. Drummer, Crash Risk of Drivers Using Drugs and Detection of Drugged-Drivers. The Walsh Group, juin 2004.

David Hadorn, A review of cannabis and driving skills. Royal Pharmaceutical Society of Great Britain, 2004.

J.G. Ramaekers et al., Dose related risk of motor vehicle crashes after cannabis use. Drug and Alcohol Dependence, 2004; 73(2): 109-119