Travailler avec un intimidateur

Un employé sur six a déjà été victime d’intimidation, et un employé sur cinq a déjà vu un collègue de travail se faire intimider. Ces chiffres sont étonnants, mais compte tenu de l’absence de législation en la matière et du stress croissant dans les milieux de travail, le nombre d’incidents ne peut qu’augmenter. Présentement, aucune loi canadienne en matière de santé et de sécurité au travail ne traite précisément de l’intimidation; autrement dit, aucune juridiction au pays n’oblige les employeurs à instaurer un programme de prévention de la violence au travail. Le Québec est la seule province à avoir mis en œuvre certaines mesures pour contrer l’intimidation, mais c’est tout récent.

L’intimidation en milieu de travail, ce sont des mauvais traitements perpétrés de façon répétée contre un employé par un ou plusieurs employés et qui compromettent sa santé ou sa carrière. Ces mauvais traitements sont une forme de violence psychologique, un mélange d’insultes verbales et stratégiques visant à empêcher la victime de bien faire son travail.

Être la cible d’un intimidateur en milieu de travail peut influer sur la santé physique et mentale de la victime et avoir une incidence sur d’autres aspects de sa vie, comme les liens sociaux ou le plaisir à travailler. Quarante-cinq pour cent des victimes souffrent de problèmes de santé liés au stress, incluant anxiété, crises de panique et dépression clinique.

Selon une étude menée par le Workplace Bullying Institute, 37 pour cent des travailleurs ont déjà été intimidés et 57 pour cent des victimes étaient des femmes. Dans la majorité des cas (72 pour cent), l’intimidation est le fait de personnes occupant un poste d’autorité, tandis que les cas d’intimidation par des pairs sont moins fréquents (18 pour cent). Ce qui est pire, c’est que les statistiques montrent que les intimidateurs ne s’en prennent pas à la nouvelle recrue, mais à des employés de longue date, bien établis dans le milieu de travail. Les cibles les plus fréquentes sont les femmes dans la quarantaine.

Conseils pour vous défendre contre les intimidateurs dans votre milieu de travail:

Déterminez le type d’intimidateur

Le fait de savoir à quel type de personne vous avez affaire peut vous aider à déterminer les meilleures mesures à prendre pour vous défendre. Souvent, les intimidateurs recrutent d’autres personnes pour les aider. Les hommes ont tendance à faire appel à la direction, tandis que les femmes tendent davantage à rechercher un appui au sein de leur réseau social.

  1. L’intimidateur subtil – tourmente ses victimes au moyen de techniques discrètes mais incisives. C’est un passif-agressif hypocrite, qui s’ingénie à détruire des réputations en colportant des rumeurs; il cherche à entacher la réputation de sa victime.
  2. L’intimidateur agressif – traque sans merci l’employé dont il a fait sa victime, l’humilie dans des endroits publics.
  3. L’intimidateur contrôlant – contrôle sa victime en la privant des ressources (par ex. temps, budget, autonomie, formation) dont elle a besoin pour réussir.
  4. L’intimidateur violent – intimide tout le monde autour de lui avec ses accès de colère incontrôlés.
  5. L’intimidateur imitateur – cet intimidateur, qui n’est pas violent par nature, imite des comportements d’intimidation avec ses propres subordonnés.
  6. L’intimidateur opportuniste – une personne compétitive intéressée à progresser au plan professionnel, même s’il faut pour y arriver marcher sur la tête d’autres personnes.
  7. L’intimidateur critique – porte de fausses accusations contre sa victime et dénigre cette dernière en cachette afin de miner son sentiment d’identité.

Déterminez le type d’intimidation

  • Exigences de travail irréalistes
  • Critique déraisonnable
  • Créer un environnement de travail incohérent ou injuste.
  • Ne pas donner aux employés le crédit qui leur est dû.
  • Insultes, dénigrements, hurlements, cris et autres comportements violents

Documentez les cas d’intimidation de manière détaillée

  • Consignez par écrit tous les détails de la situation, notez l’heure et la date.
  • Déterminez des alliés dignes de confiance.
  • Déterminez les dérogations au code.

Élaborez un plan pour résoudre la situation d’intimidation

  • Demandez la tenue d’une réunion pour pouvoir confronter l’intimidateur dans un cadre professionnel.
  • Cherchez à obtenir l’aide de la haute direction.
  • Demandez la médiation d’un tiers.
  • Demandez un avis juridique.
  • Consultez un médecin.
  • Établissez des frontières et veillez à ce qu’elles soient respectées.
  • Ne vous blâmez pas.
  • Sollicitez des déclarations de témoins.
  • Suivez les procédures internes de traitement des plaintes.

Communiquez les problèmes à l’intimidateur ou à des personnes se situant à deux niveaux hiérarchiques au-dessus de cette personne. Prenez des précautions quand vous optez pour l’approche directe, car elle peut avoir des conséquences indésirables et imprévisibles. Se plaindre de l’intimidation peut entraîner des répercussions contre la victime plutôt que contre l’intimidateur. Dans bien des cas, l’intimidateur peut, aux yeux de la direction, être vu comme quelqu’un « qui fait ce qu’il y a à faire. »

Parmi les employés qui se sont plaints d’intimidation au travail, 13 pour cent ont été transférés, 40 pour cent ont fini par quitter volontairement leur emploi et 24 pour cent ont été congédiés. L’intimidateur a été sanctionné dans seulement 23 pour cent de ces cas. Ces statistiques ne sont certainement pas encourageantes pour quiconque espère résoudre ce problème.

Malheureusement, il n’y a pas de solution simple. Pour prévenir l’intimidation, nous devons tous unir nos efforts afin de sensibiliser davantage les gens à cette question et de contribuer à l’amélioration du droit du travail et des politiques relatives aux milieux de travail.

Source : Workplace Bullying Institute, www.anonymousemployee.com, et Bullying Bosses: A Survivor’s Guide, de Robert Mueller